Un candélabre d’éclairage public tient rarement par son mât : il tient par ce qui se trouve sous la chaussée. Vent, poids de la crosse et du luminaire, chocs éventuels : tous ces efforts descendent dans la platine, puis dans les tiges d’ancrage, puis dans le massif et enfin dans le sol. Une fouille mal dimensionnée, un remblai mal compacté ou un massif inadapté à la hauteur du mât suffisent à compromettre l’ouvrage. Ce guide reprend les étapes de pose dans l’ordre du chantier, en s’appuyant sur les recommandations professionnelles du CERIB pour les massifs préfabriqués en béton, et vous donne les points de contrôle à vérifier avant la réception.
L’essentiel à retenir
- Le massif fait la stabilité : il doit résister au renversement causé par le vent sur le mât et le luminaire, et ancrer solidement les tiges.
- Le choix du massif part du candélabre : hauteur du mât, entraxe de la platine (200 ou 300 mm) et diamètre des tiges d’ancrage.
- La fouille déborde d’environ 40 cm de chaque côté du massif, sur un fond de portance minimale recommandée de 2 bars.
- Un lit de sable d’au moins 10 cm, sans point dur, assure la mise à niveau du massif.
- Le remblai se compacte symétriquement, par couches de 30 cm environ.
- La base du massif doit être hors gel : une profondeur de l’ordre de 0,5 m suffit généralement.
- À la réception, on contrôle l’aplomb du mât, le compactage autour du massif et le serrage des écrous.
Avant la pose : ce qui se décide en amont
La pose commence bien avant l’arrivée de la pelle. Trois sujets doivent être tranchés au stade de l’étude, car ils conditionnent le choix du massif et l’organisation de la fouille.
L’implantation et le piquetage
L’emplacement de chaque candélabre découle de l’étude d’éclairage : espacement entre points lumineux, recul par rapport à la chaussée, contraintes d’accès. Sur le terrain, il se traduit par un piquetage, généralement soumis à la validation du maître d’œuvre avant tout terrassement. C’est aussi le moment de repérer les réseaux existants au droit des fouilles, pour éviter de les endommager et pour anticiper le passage des fourreaux d’alimentation.
La hauteur du mât et ses efforts
Plus le mât est haut, plus le vent exerce un bras de levier important à sa base. Le candélabre transmet au massif un moment de flexion, un effort tranchant et un effort vertical. Ces données sont fournies par le fabricant du candélabre, calculées selon les normes NF EN 40-3-1 et NF EN 40-3-3. Elles servent de point de départ au dimensionnement du massif : sans elles, le choix se fait à l’aveugle.
Le sol d’assise
La stabilité d’un massif dépend autant du sol qui l’entoure que du béton qui le compose. Les recommandations du CERIB préconisent un fond de fouille présentant une portance minimale de 2 bars (200 000 Pa). Lorsque la nature du terrain est incertaine, une étude géotechnique avec essais au pénétromètre permet de le vérifier. Si la portance n’est pas suffisante, l’entreprise en informe le maître d’œuvre et propose une solution adaptée, par exemple une substitution de sol ou un renforcement géotextile.
Le massif de fondation, pièce maîtresse de l’ouvrage
Le massif a deux fonctions. La première est d’assurer la stabilité de l’ensemble face au renversement : le moment de stabilité du massif, qui dépend de son poids, de ses dimensions et de la portance du sol, doit rester supérieur au moment exercé par le candélabre. La seconde est de retenir les tiges d’ancrage, dont la longueur d’ancrage doit être suffisante pour résister à l’effort de traction transmis par la platine.
Les recommandations du CERIB donnent des ordres de grandeur pour les massifs préfabriqués : une base de 400 à 1 200 mm de côté et une hauteur de 400 à 2 500 mm, avec quatre tiges d’ancrage dont l’entraxe (200, 300 ou 400 mm) correspond aux plaques d’appui des candélabres du marché. Ces massifs permettent la mise en œuvre de candélabres jusqu’à 18 m de hauteur, sous réserve d’une étude spécifique.
Préfabriqué ou coulé en place
Un massif peut être coulé directement dans la fouille ou livré préfabriqué. Le coulage en place cumule plusieurs aléas : positionnement des tiges d’ancrage plus difficile à maîtriser, conditions climatiques pendant la prise du béton, dimensions qui dépendent du coffrage et de la fouille, délai de durcissement avant de pouvoir recevoir le mât. Le massif préfabriqué arrive avec un béton déjà durci, des tiges positionnées en usine selon un entraxe fixe et des réservations prévues pour les fourreaux. Sa face supérieure lisse et plane convient aussi au montage le plus courant du candélabre, directement posé sur le béton (voir plus bas).
C’est l’esprit de la préfabrication béton : déplacer en usine ce qui est aléatoire sur le chantier.
Choisir le massif selon la hauteur du mât
À titre d’exemple, voici comment se répartit la gamme de massifs de candélabres STABIL fabriquée par CRP. Les hauteurs de mât sont indicatives, hors projecteurs et crosses éventuels : le choix final revient à l’entreprise, en fonction du candélabre réellement mis en œuvre et des contraintes du site.
| Hauteur de mât indicative | Entraxe des tiges | Diamètre des tiges | Poids du massif |
|---|---|---|---|
| 3 à 4 m | 200 x 200 mm | 16 mm | 105 kg |
| 4 à 6 m | 200 x 200 mm | 16 mm | 195 kg |
| 5 à 8 m | 200 x 200 mm ou 300 x 300 mm | 16 ou 20 mm | 350 kg |
| 5 à 9 m | 200 x 200 mm ou 300 x 300 mm | 16 ou 20 mm | 420 kg |
| 7 à 11 m | 300 x 300 mm | 24 mm | 720 kg |
| 9 à 14 m | 300 x 300 mm | 24 mm | 960 kg |
| 9 à 16 m | 300 x 300 mm | 24 mm | 1 580 kg |
L’entraxe se choisit en fonction de la platine du candélabre, pas l’inverse : les tiges doivent correspondre aux perçages de la platine. Les tiges sont en acier galvanisé et les massifs sont équipés d’une ancre de levage pour la manutention.
Deux cas particuliers
Le candélabre contre un mur ou en limite de trottoir. Lorsque le mât doit être implanté au plus près d’une façade, d’un muret ou d’une bordure, un massif classique peut manquer de place. Les massifs à bord droit présentent une face verticale qui permet de les plaquer contre l’obstacle, pour des mâts de 3 à 8 m selon les modèles.
L’éclairage ou le poteau provisoire. Sur une base vie, une déviation ou un chantier de longue durée, le poteau n’a pas vocation à rester. Les massifs provisoires maintiennent tous types de poteaux provisoires, avec ou sans platine, grâce à une réservation centrale conique adaptée à différents diamètres de poteaux ou à des tiges d’ancrage filetées.
Les étapes de pose sur le chantier
1. Réceptionner et manutentionner les massifs
Les massifs se déchargent au moyen de leur anneau ou de leur ancre de levage, avec un engin adapté et vérifié. Il convient de respecter le nombre de points de levage, l’angle des élingues et la charge maximale d’utilisation des accessoires. Personne ne doit passer sous la charge. Sur chantier, les massifs se stockent à plat sur une aire propre et plane, jamais posés sur des pierres ou un sol rocheux qui pourraient les épaufrer.
2. Ouvrir la fouille
La fouille doit laisser la place de compacter le remblai : une surface égale à l’emprise du massif augmentée de 40 cm de chaque côté est généralement considérée comme suffisante, avec un remblaiement possible sur les quatre côtés. La profondeur se règle pour que le niveau fini du massif corresponde à celui du projet. La base du massif doit se trouver hors gel, une profondeur de l’ordre de 0,5 m étant généralement suffisante (la norme NF P 94-261 permet de la déterminer). Il est également recommandé de rester hors de la nappe phréatique. Côté sécurité, les tranchées de plus de 1,30 m de profondeur à parois verticales et de largeur inférieure ou égale aux deux tiers de la profondeur doivent être blindées, étrésillonnées ou étayées (article R 4534-24 du Code du travail).
3. Préparer l’assise et poser le massif
Un lit de sable d’au moins 10 cm d’épaisseur est réalisé sur toute la surface de la fouille, sans point dur, pour assurer la mise à niveau. Le massif est ensuite descendu et positionné à au moins 40 cm des parois de la fouille, en veillant à ce que les fourreaux débouchent à la base du candélabre sans risque de cisaillement. Les échancrures prévues sur les massifs facilitent le passage des fourreaux et de la liaison de mise à la terre.
4. Prévoir le drainage du pied de mât
L’eau stagnante ou ruisselante en pied de mât est une cause de corrosion du candélabre. La mise en place d’un drain à la base du candélabre permet d’évacuer ces eaux vers l’extérieur de l’ouvrage, ou à travers le sol si sa perméabilité le permet.
5. Remblayer et compacter
Le remblai, réalisé avec des matériaux agréés par le maître d’œuvre (une grave 0/31,5 par exemple), se met en place de part et d’autre du massif. Le compactage se fait symétriquement, par couches successives de 30 cm environ, à la pilonneuse ou à la plaque vibrante. C’est une étape décisive : la stabilité au renversement suppose que le sol autour du massif soit aussi porteur qu’en fond de fouille.
6. Lever et fixer le mât
Le candélabre se fixe sur les tiges d’ancrage selon l’un des trois montages décrits par le CERIB :
- Le montage standard : la platine repose directement sur le béton. Il est recommandé lorsque la fondation est raisonnablement lisse et plate, ce qui le rend particulièrement adapté aux massifs préfabriqués.
- Le montage sur contre-écrou, ou « sur pilotis » : un mortier sans retrait est bourré sous la platine, sur une épaisseur inférieure à quatre fois le diamètre des tiges, pour écarter le risque de flambement des tiges.
- Le montage sur système semi-rigide : une semelle, en caoutchouc synthétique par exemple, permet de régler la verticalité du fût.
Sans précision du CCTP, le choix du montage appartient à l’entreprise. Dans tous les cas, des rondelles conformes aux normes NF EN ISO 7093-1 ou 7093-2 se placent entre les écrous et la platine, et il est recommandé de protéger les têtes de tiges et les écrous par des capuchons remplis de graisse. Pour les opérations de levage du mât lui-même, des accessoires dédiés comme le lève-mât limitent les risques de manutention.
7. Raccorder
Le raccordement électrique et la mise à la terre relèvent de l’électricien et des règles d’installation applicables à l’éclairage public (norme NF C 17-200). Le rôle du génie civil est d’avoir livré des fourreaux bien positionnés, débouchant sans contrainte dans le pied du candélabre.
Les contrôles à la réception
Les recommandations du CERIB retiennent trois points de contrôle en fin de chantier. Le tableau ci-dessous les rapproche des erreurs qu’ils permettent de détecter.
| Point de contrôle | Comment le vérifier | Erreur qu’il révèle |
|---|---|---|
| Aplomb du mât | Perpendicularité du mât par rapport au sol, au niveau par exemple | Lit de pose irrégulier, massif mal réglé, montage mal ajusté |
| Compactage autour du massif | Épaisseur des couches contrôlée au pénétromètre (NF P 94-063 ou NF P 94-105) | Remblai déversé en une seule fois, compactage dissymétrique |
| Serrage des écrous | Selon les spécifications du fabricant du candélabre | Écrous insuffisamment serrés, rondelles absentes |
D’autres défauts se préviennent plus tôt, au moment du choix du massif : un entraxe qui ne correspond pas à la platine, un massif sous-dimensionné pour la hauteur réelle du mât une fois la crosse et le luminaire ajoutés, ou un fond de fouille dont la portance n’a pas été vérifiée.
Questions fréquentes
À quelle profondeur poser un massif de candélabre ?
La profondeur dépend de la hauteur du massif et du niveau fini imposé par le projet. La règle à respecter est que la base du massif soit hors gel : une profondeur de l’ordre de 0,5 m est généralement suffisante, la norme NF P 94-261 permettant de la déterminer précisément. Il est également recommandé de placer le massif hors de la nappe phréatique.
Quel massif choisir pour un mât de 8 mètres ?
Le choix dépend des efforts transmis par le candélabre (fournis par son fabricant), de l’entraxe de sa platine et de la portance du sol. Dans la gamme STABIL de CRP, plusieurs massifs couvrent les mâts jusqu’à 8 ou 9 m, en entraxe 200 x 200 avec tiges de 16 mm ou en entraxe 300 x 300 avec tiges de 20 mm. Le massif retenu doit correspondre à la platine du candélabre et vérifier la stabilité au renversement.
Quelle taille de fouille prévoir ?
Une fouille égale à l’emprise du massif augmentée de 40 cm de chaque côté est généralement suffisante pour compacter correctement le remblai sur les quatre côtés. Le fond reçoit un lit de sable d’au moins 10 cm et doit présenter une portance minimale recommandée de 2 bars.
Massif préfabriqué ou coulé en place : lequel choisir ?
Le massif coulé en place s’adapte à toutes les configurations, mais sa qualité dépend des conditions de chantier : positionnement des tiges, météo pendant la prise, temps de durcissement. Le massif préfabriqué arrive avec un béton durci, des tiges positionnées en usine et une face supérieure plane, adaptée au montage standard du candélabre directement sur le béton.
Comment fixer le candélabre sur le massif ?
Trois montages sont possibles : directement sur le béton (montage standard), sur contre-écrou avec un mortier sans retrait sous la platine, ou sur une semelle semi-rigide qui permet de régler la verticalité. Des rondelles se placent entre les écrous et la platine, et les têtes de tiges se protègent par des capuchons remplis de graisse.
Source principale : CERIB, Dimensionnement et mise en œuvre des massifs de candélabres préfabriqués en béton, recommandations professionnelles (DP 132, octobre 2019). Caractéristiques des massifs : catalogue CRP.